Revue de presse

Le voyage onirique de Sylvain GirO

Ils étaient plus de 150, samedi soir, au théâtre, sur les traces du lac d’Eugénie, entraînés par le chant profond de Sylvain GirO, sorte de joueur de flûte de Hamelin moderne errant nuitamment du côté du bocage nantais. Dense et habité, ce conte musical, à la lisière du fantastique, était programmé dans le cadre du festival de La Charrette aux Merveilles qui clôturait en beauté son édition 2016. Un voyage envoûtant. Après le spectacle, les spectateurs ont rejoint les musiciens dans le hall. « On est irrésistiblement entraînés dans un voyage onirique », a déclaré cette spectatrice de Poullaouen qui voyait le spectacle pour la troisième fois. « J’apprécie la fluidité. Il n’y a pas d’interruption entre les morceaux, cela me permet de m’évader et de vous suivre », a-t-elle ajouté. « J’ai été très sensible au côté rock progressif des années 70 de votre musique. C’est plein de couleurs. Vous savez manier nuances et énergie », a renchéri ce Plougonvenois en s’adressant aux trois musiciens, Julien Padovani à l’orgue et au piano Rhodes, Erwan Martinerie au violoncelle et Jean-Marie Nivaigne à la batterie. Une autre spectatrice a félicité Sylvain GirO pour sa présence formidable.

Le Télégramme - 2 novembre 2016 / Scènes

Subtile et percutante

"Avec une élégante mélancolie et une présence scénique presque chamanique, Sylvain GirO entremêle ses chansons avec des contes étranges, oniriques aux confins du merveilleux…
D’une voix claire, profonde et virtuose, Sylvain GirO nous captive avec ce spectacle co-écrit et mis en scène par Nicolas Bonneau (Ali 74, le combat du siècle). Il fait appel à notre imaginaire et notre sensibilité dans une quête initiatique aux limites du fantastique. On y croise un village fantôme, une forêt labyrinthique, un bal endiablé et un lac enneigé.
Il nous transporte avec des textes d’une violence évoquée et d’une rage assumée, accompagné de trois musiciens à la batterie, au violoncelle et au clavier pour donner un accent rock à cette création, subtile et percutante."

Présentation du spectacle par Jean-Yves Gourvès, directeur du Théâtre de Morlaix (29) / Scènes

Sylvain GirO : l’enchanteur poète

Poète, chanteur, conteur, rêveur, voilà, vite résumé, l’art de Sylvain GirO. Tous ceux qui l’ont suivi, vendredi soir au Novomax, ont découvert une voix, une musique, un spectacle rare. Ce Lac d’Eugénie marquera bien des mémoires. Cela commence doucement par des sons à peine perceptibles. L’orgue Hammond (Julien Padovani) fait entendre sa petite mélodie, le violoncelle (Erwan Martinerie) le rejoint, la batterie discrète entre en scène. Puis Sylvain GirO emmène son auditoire au bal. Au sein de l’orchestre, il observe les danseurs qu’il décrit le temps d’une chanson. De sa voix bien timbrée, il raconte ces jeux de mains, ces amoureux et cette fille en blanc dont il s’éprend. Comme Cendrillon, elle disparaît dans la nuit tandis que le bal et la chanson s’achèvent. L’histoire un rien fantastique de Sylvain GirO ne fait que commencer. Voilà qu’à travers ses poétiques chansons, il nous entraîne dans un conte à la Tim Burton. Nous voici à bord de sa R5, roulant dans la nuit noire. Soudain, en pleine forêt, elle refuse d’avancer. Bientôt, le chanteur se retrouve au cœur de son enfance. Les chansons retracent les atmosphères du temps perdu, recréent des personnages fantasques ou romantiques, à l’image de ce Batteur de grève qui impressionnait l’enfant Sylvain.

Une note suffit pour nous projeter hors du temps, une chanson nous plonge dans un univers féerique, fantasmagorique. Pourtant, les textes et la voix de Sylvain GirO ne disent que des choses simples, que la musique sublime. Tout, dans ce Lac d’Eugénie est habilement fait : la musique qui permet au chanteur de passer facilement d’une chanson à une autre, les mélodies très élaborées qui explorent bien des rythmes et servent à merveille l’intrigue de l’histoire. Sylvain Giro et ses superbes musiciens n’oublient pas leurs origines bretonnes et, de temps à autre, un air à danser le rappelle. Et puis, au final, délaissant leurs instruments, les musiciens rejoignent le chanteur au milieu de la scène. Commence alors une danse de folie menée sans doute par un diable moqueur. On quitte à regret le Novomax, avec le secret espoir de retrouver l’an prochain, un autre spectacle aussi porteur de rêves.

Eliane Faucon-Dumont - Le Télégramme - 25 juillet 2016 / Compte-rendu du concert au Novomax de Quimper le 22 juillet 2016 dans le cadre du festival de Cornouaille / Scènes

Avignon off 2015. Sylvain GirO et ce lac d’ailleurs, d’ici et de nulle part

Dans ce lieu historique XVIIIe siècle, Le Grenier à Sel accueille chaque année les compagnies de la Région des Pays de la Loire pour le Festival d’Avignon. On ne s’étonnera donc pas d’y retrouver le breton Sylvain GirO que NosEnchanteurs a découvert depuis longtemps déjà.

Le reste de la France, Avignon et moi-même ne le connaissions pas. Pourtant dès le premier descriptif, dès le premier extrait, j’ai été happée, avec une grosse envie d’aller voir ce mystérieux Lac d’Eugénie. Bonne intuition. Le chanteur, donc, c’est Sylvain Girault, nom de scène GirO. Devant ses musiciens, sa présence calme, les bras le long du corps, remplit cependant la scène. A ma gauche, Julien Padovani, cheveux en chignon, orgue Hammond, Fender Rhodes et autres claviers même à soufflets. Au fond, Erwan Martinerie et son violoncelle déchirant. A droite ,Jean-Marie Nivaigne à la batterie. Un instrument à part entière qui sait se faire gros bruit comme sons délicats, chaîne de vélo qui grince ou baguettes qui tintinnabulent.

L’atmosphère musicale est d’emblée sidérale : nous en serons sidérés tout le long. Au sens propre, émerveillés par ce conte initiatique, enveloppés par ce récit, ces chansons, la voix doucement brûlante du chanteur (si, c’est possible) et de ses musiciens qui font les chœurs. Cette musique, fusion de tout ce qui a de meilleur dans le monde, depuis le rythme entêtant du bourdon des chants traditionnels bretons ou pas, jusqu’au rock progressif, en passant par le jazz, des tonalités orientales et toutes les tendances de la musique pop contemporaine. Et pas par goût d’une vaine recherche, non, tout coule naturellement de source. Ils aiment ce qu’ils font, ils le ressentent et ça se ressent. Une sorte d’opéra moderne, qui mêle les contes de Merlin l’Enchanteur à la réalité prosaïque d’un vélo orange (mais fluorescent), d’un train ou d’une Renault 5 Campus de 1986, orange toujours, en panne dans un lieu désert, effrayant. (...).

Le parlé scandé, ensorcelant, se combine habilement aux chansons de l’univers particulier de Sylvain GirO, puisé dans ces deux derniers albums, Le lac d’Eugénie, qui donne son nom au concert, et Le batteur de grève de 2011. Sylvain réussit à être complètement envoûtant avec son jeu sobre et expressif, des bras qui s’ouvrent en croix, des mains qui se lèvent, ou dessinent des arabesques. Un corps qui tourne en lentes pirouettes ou, de dos, esquisse un strip-tease. L’allure soudain d’un pantin désarticulé. Il danse, crie, parle ou chante. Et ce regard qui vous transperce…ou soudain se fait sourire.

Musiques douces, presque intimes, avec les pizzicati du violoncelle, des notes flûtées ou des cliquetis, alternent avec riffs ascensionnels, orgues enflant sur des chœurs donnant la chair de poule, sons de cloches, déchirements de cordes, rythmes tribaux, onomatopées, voix rauques ou aiguës…

Le public est comme les enfants du conte, prêt à suivre partout ce « type immense qui nous emmenait où il voulait. »

Catherine Laugier - Nos enchanteurs - 24 juillet 2015 / Scènes

De la musique traditionnelle à la chanson française, le chemin peut paraître fastidieux et incertain à parcourir. Pourtant, Sylvain GIRO n’a pas eu besoin de bottes de sept lieues pour relier ces deux extrêmes. Il l’avait déjà prouvé à l’époque où il était le chanteur charismatique de KATE-ME, dont la Bretagne – au moins ! – a sûrement gardé quelque bon souvenir.
Depuis 2011, il navigue et se livre en solo. Enfin pas tout à fait puisque c’est un trio qui officiait déjà sur son premier CD, Le Batteur de grève. Et contre toute attente, Sylvain GIRO n’avait nullement choisi un accompagnement trad’, ni même folk, mais résolument rock, qui plus est fortement teinté 70’s, entre psychédélisme « heavy » et folk progressif, souligné par l’orgue Hammond et le Fender Rhodes de Julien PADOVANI (qui tient également l’accordéon chromatique, le piano et le glockenspiel) et la batterie toute en ciselage de Jean-Marie NIVAIGNE (crédité aussi à la chaîne de vélo !). Ah oui, et tous trois assurent de même les chœurs !
Le temps d’un EP de transition (Les Camélias de Nantes, en 2013), et voici que la même équipe remet le couvert pour un album complet au titre énigmatique, Le Lac d’Eugénie, qui fut un spectacle avant d’être un disque. Au passage, GIRO a recueilli dans ses rangs le violoncelliste Erwan MARTINERIE, qui creuse davantage la fibre poétique de cet univers sonore et textuel si personnel tout en contrastes, que ponctuent occasionnellement la présence d’une flûte traversière (Erwan HAMON) et d’une guitare électrique (Laurent ROUSSEAU).
Entre le conte et la chanson, Le Lac d’Eugénie déploie ses vagues de souvenirs, ses ondes rêveuses, ses éclats d’ombre et de lumière, livrant des images troublantes et intenses dans lesquelles l’Histoire d’un pays et l’histoire d’un individu confondent leurs séquelles et les recouvrent de voiles hallucinatoires aptes à attiser les imaginaires de tout un chacun.
Les dix chansons qui cernent (ou émergent de) ce Lac d’Eugénie tracent une géographie tant intimiste que fantasmatique, et que l’on sent pourtant ancrée dans un terroir familier aux mille couleurs, saveurs et senteurs. Ici une place de village, là un carré de forêt, par ici une gare et son quai « qui démarre », par là une maison fantôme, sur le côté une pierre qui sonne et au milieu, un lac-miroir engourdi par l’hiver des mémoires...
Il fait jour dans une chanson, il fait nuit dans l’autre, tel récit fait froid (dans le dos), tel autre réchauffe, et toujours le cœur y bat à plein régime !
Oui, Le Lac d’Eugénie donne à voir, à sentir, à respirer, passant d’ambiances intimistes à des sautes d’humeur quasi explosives, interrogeant avec la même ferveur cauchemars et sourires, penchants mélancoliques et moments drolatiques, fêtes et guerres, frayeurs nocturnes et révélations lumineuses.
Dans cette Terre de souvenirs et de mirages gorgée d’électricité, on pourrait craindre que le chant de Sylvain GIRO se contente de surnager. Au contraire, sa voix domine la palette sonore, d’un timbre chaud et limpide. C’est bien le Verbe qui prévaut, et la musique, même si elle a le goût de l’aventure expérimentale, ne s’égare jamais dans l’esbroufe gratuite. Elle est là pour sertir le Mot, projeter le Texte et lancer l’imagination sur orbite, comme dans les plus beaux opus du rock progressif d’antan.
Les photographies de boiseries automnales qui ornent le livret sont l’œuvre de Val K. Elles reflètent elles aussi cet effet de vases communicants entre le rêve et le réel, le pouvoir de l’un à suggérer l’autre. Chant, musique et images fusionnent à merveille pour dépeindre un univers qui tient autant de l’expressionnisme que du surréalisme, avec de vraies touches de tradition dedans !
Non, décidément, le chemin qui mène du trad’ à la chanson française n’est pas si improbable, dès lors qu’on y dessine, comme le fait Sylvain GIRO, un récit initiatique réconciliant le réel et le merveilleux, la remembrance et la vision, l’ étoffe des rêves et la glaise des sentiers buissonniers.
Oubliez les étiquettes trop collantes, oubliez les postes-frontières et les cloisons trop étanches, et plongez derechef dans ce Lac d’Eugénie aux séduisants reflets chavirés, bigarrés et moirés. Au passage, vous pourrez même y noyer vos préjugés sur le folk, la chanson, le conte, le rock, la musique actuelle, la musique non-actuelle, et l’âge du capitaine. Et même si ce lac est enneigé, s’y baigner fait un bien fou et régénère nos facultés à imaginer, à déambuler, à vibrer...

Stéphane Fougère - Ethnotempos - juillet 2015 / Le lac d’Eugénie

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