Revue de presse

Poignant

Avec les affranchies, Sylvain GirO livre des épîtres fortes qui dépeignent avec amertume l’état du monde, en particulier en France, grâce a des images poétiques impressionnantes. Ces lettres fictives émeuvent d’autant plus qu’elles sont autant de bouteilles à la mer envoyées sans espoir d’aucun retour ni même celui d’être lues, malgré l’attente obsédante d’un "écris-moi s’il te plaît" désespéré. Un "fantôme de rue" narre ainsi sa vie d’immigré sans-logis, victime de violences policières et du racisme ; il dévoile une déchirure profonde née de la séparation et de la douleur d’avoir perdu l’être aimé durant la traversée en mer.
Une autre noyade est abordée de manière effarante par une jeune victime anonyme et oubliée du massacre du 17 octobre 1961 à Paris qui raconte : "à la première écluse j’ai vu le front de l’éclusier". Poignant. D’autres belles allégorie telles que L’écho de nos ombres, ton intime alizé, ainsi que des tournures plaisantes ou absurdes exacerbent les sentiments ou les idées. Des références manifestes d’illustres prédécesseurs - Vian, Zola ou Polnareff - viennent soutenir le genre. Côté accompagnement, les influences traditionnelle bretonnes ou électro animent le récit tandis que le violoncelle d’Erwan Martinerie souligne le dialogue intérieur de l’auteur de ses lettres, pour les rendre plus vivantes encore.

Jacoti - Magazine Hexagone - juillet 2018

Attention, chef d’œuvre !

Attention, chef d’œuvre ! Avis aux amateurs de chanson francophone, d’originalité, de musiques contemporaine et électronique, de poésie et d’émotions : Sylvain GirO est de retour par la grande poste avec son nouveau CD, Les Affranchies, qui frappe déjà au premier abord par sa pochette sombre au décor urbain froid et nocturne. Les mots “Sylvain GirO les affranchies”, de la couleur blanche du papier à lettres, se détachent et attirent le regard.

Cet album est composé de onze chansons épistolaires dont le chanteur a signé tous les textes et dix des compositions. On se souvient du Déserteur de Boris VIAN, de la Lettre à France de Michel POLNAREFF, de la Letter to Hermione de David BOWIE ou encore de PS I love You des BEATLES, ces missives similaires dans leur forme à des chansons. Avec ses Affranchies, Sylvain GirO va bien plus loin dans le concept en écrivant et en chantant de vraies lettres sans les habituels couplets-refrains et rimes, parfois habilement maladroites, sur des contextes politiques et sociaux d’actualité ou plus personnels comme l’enfance, l’amitié ou la famille.

C’est d’une manière juste et sensible qu’il nous expose sa vision de la France d’aujourd’hui en mettant en scène des gens ordinaires (comme dans les chansons traditionnelles dont il est spécialiste) qui racontent leur quotidien à un proche, tout en nous plongeant avec force et émotion dans chaque situation. Original certes mais pas complètement timbré, il conjugue à merveille les mots avec la musique, donnant à chaque lettre l’allure d’un court métrage mis en musique. La puissance des histoires est sublimée par les compositions et arrangements et par la présence des deux musiciens qui l’accompagnent, Erwan MARTINERIE au violoncelle et aux machines (co-arrangeur avec Sylvain GirO de la plupart des titres), et Julien PADOVANI aux claviers Moog, Fender Rhodes et orgue Hammond.

D’emblée le premier morceau, Je t’écris de la France, pose un premier décor dramatique. Cette lettre désespérée d’un réfugié à sa femme disparue en mer est servie par une musique d’abord minimaliste où les machines distillent des sensations étranges et inquiétantes tandis le violoncelle évoque la tristesse, voire la violence dans une ambiance lente et étourdissante. Ensuite vient une lettre écrite par une mère célibataire au père de son enfant dans laquelle elle décrit son quotidien (Le Tigre de Tasmanie) qui évoque parfaitement le malaise des familles séparées par son climat tendu et obsédant rendu par les instruments et par l’écho répétitif du chant sur les trente dernières secondes.

Un changement d’atmosphère s’opère grâce à la légèreté des cordes et l’agilité moqueuse de la plume et du chant dans Takomodé, message pourtant très sérieux adressé à la France dans laquelle Sylvain GirO réveille les consciences face au pouvoir politique qui grignotte peu à peu notre liberté, avec les claviers et machines qui n’interviennent que sur quelques mots et les phrases finales pour mieux les mettre en valeur. A ma plume est un interlude romantique sobrement accompagné au violoncelle et précède un morceau au texte désespéré, intitulé Madame en col bleu, qui reproche au président sa politique avec, en illustration, une intense et fantastique composition contemporaine d’Erwan HAMON, tour à tour étrange, grinçante, dansante, menaçante et apocalyptique, au final effrayant.

Pour illustrer Le Front de l’éclusier, une émouvante lettre d’une étudiante noyée à son frère évoquant la manifestation parisienne de 1961 contre la guerre d’Algérie qui a été réprimée par un massacre, Sylvain GirO pince les cordes de son violon pour imiter un oud en s’inspirant de la musique traditionnelle arabe. Si le violoncelle et le Fender Rhodes qui rejoignent le violon émeuvent, la musique illumine le morceau comme un soleil pour livrer un bel hommage aux révoltes toujours réprimées par le sang. Plus intimiste et pourtant tout aussi puissant, le texte poétique de Ton intime alizé évoque la force émotionnelle d’une lettre, pour laquelle le chanteur s’accompagne du bourdon de sa shruti box auquel vient se joindre sobrement le violoncelle.

Lettre maladroite et touchante d’un enfant en colonie de vacances à ses parents, En attendant venez me chercher est servie par une ambiance techno avec des samples de cour de récré, qui traduit des sensations tour à tour enthousiastes, inquiètes puis apaisées par des silences. Puis, seul au chant et au violon pour une lettre destinée à un ami, Sylvain GirO nous enchante avec le lumineux L’écho de nos ombres, interprété comme une comptine. Le contraste est saisissant avec Je ne t’écris pas, étrange “non-lettre” à une inconnue avec sa shruti box, ses machines au son industriel et ses claviers cristallins hypnotiques. Le chant de Sylvain se transforme en slam puis en vocalises jazzy sur le morceau final, Pour qui celle-là ?, un superbe hommage à ses parents, soutenu par les machines et le violoncelle d’Erwan MARTINERIE.

Contre la noirceur d’un monde déshumanisé et contaminé au langage sms sur écran, qui tend à neutraliser les sentiments, la pensée et la contestation, Sylvain GirO reprend la plume et le papier pour délivrer un message humaniste et politique. La finesse et la puissance de l’écriture et des compositions résolument modernes de ces Affranchies vont droit au cœur et donnent envie de rendre le monde meilleur pour tous. Puissent ceux qui nous gouvernent l’écouter et s’en émouvoir.

Sylvie Hamon

Ethnotempos - Sylvie Hamon - Juillet 2018

Les Affranchies de Sylvain GirO !

Sylvain Giro a fait passer un vrai moment de bonheur, vendredi, lors de son concert au Moulin de la filature. Cet auteur, compositeur, chanteur et musicien talentueux, qui se plaît aux pays des lettres (postales), qu’il décline avec poésie et humanité, était accompagné par le violoncelliste Erwan Martinerie. Les deux artistes ont joué pratiquement tous les titres de leur dernier album, Les Affranchies.

La Nouvelle République - 5 juin 2018 / Scènes

De sensibilité, de sens, de poésie...
"Il peut s’agir de vie privée, de manifeste engagé, de revendication... Ces chansons épistolaires sont toutes évocatrices de sensibilité, de sens, de poésie. La teinture musicale de Sylvain GirO reste perceptible. Mais le mode d’expression principale étant la parole, liée au violoncelle, l’atmosphère est autre. L’écriture est profonde, adaptée à chaque circonstance, les lettres s’enchaînent agréablement. Erwan Martinerie accompagne, suggère, ponctue les mots. Sylvain GirO ne déçoit pas."

Annie Claire - Francofans - Juin 2018 / Les affranchies

Le funambule GirO
Au départ, on pense à Dominique A sur Je t’écris de la France. Les arrangements, le sens du verbe. Dès le second morceau, on compare avec les expérimentations de Noir Dés’, Fontaine, Bashung. Et puis après on se dit non, il y a aussi des influences orientales. Donc on attend le quatrième morceau. Et là il y a des cordes. Bon. On songe du coup à d’autres artistes. Et le truc avec Sylvain GirO, c’est que du premier au dernier morceau, on est tentés de catégoriser sans vraiment trouver la bonne case. Alors on finit par lâcher les comparaisons, et on écoute vraiment. Madame en col bleu, et surtout l’arabisant Le Front de l’éclusier revenant sur le drame du 17 octobre 1961. Profondément, une véritable envie de jouer avec les mots, mais, rare pour le souligner, une capacité à se faire léger, grave, moderne, sentencieux, étrange, et au final inclassable dans sa façon de tout réunir. Le funambule GirO passe de cordes en cordes sans perdre l’équilibre, sans s’épuiser. Comme L’écho de nos ombres. Comme Pour qui celle-là ? Combien d’albums aujourd’hui nous surprennent après trois-quatre morceaux ? Les Affranchies est un vaste laboratoire expérimental où interagissent parlé et phrasé, grandiloquence et simplicité jusqu’à l’os. Et au final, au bout de plusieurs écoutes, l’impression de tenir là une vraie signature, intime, "sociale et sensible".

Le cri de l’ormeau - Avril 2018 / Les affranchies

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