Revue de presse

Sylvain GirO, chanteur engagé à la lettre
"A travers dix missives bien senties, il fait danser des mots précis pour évoquer la détresse d’un migrant ou l’urgence écologique. Il interpelle aussi le Président sur son désintérêt pour la classe ouvrière. (...) Erwan Martinerie l’accompagne au violoncelle et aux machines. Ensemble ils co-signent des arrangements piochant autant à la musique trad’ qu’à l’électro. Sylvain GirO fait danser les mots et s’affranchit des codes musicaux."

Etienne Gruel - Ouest-France (page culture toutes éditions nationales) / Les affranchies

Sylvain GirO, homme de lettres
Les affranchies. Affranchir au sens de s’acquitter de la taxe postale, au sens de lettre oblitérée. Mais affranchir a d’autres sens et tous, peu ou prou, s’accordent dans la démarche épistolaire de Sylvain GirO. On s’affranchit aussi d’une lettre : « Je suis la lettre, je suis l’encre / Je suis le bois de ton papier / L’enveloppe de ton sang d’encre / Je suis ton oiseau messager ».
La lettre à Élise, Les lettres, Lettre à France, Le déserteur, De la main gauche, Tu m’écris…, le genre épistolaire n’est pas étranger à la chanson, loin s’en faut. Là, Sylvain Giro a écrit des lettres pour tout un spectacle, tout un album. « Lettres intimes et poétiques, engagées et brûlantes, parfois drôles et absurdes. Et tisse un lien social entre toutes ces missives, pour mieux nous dévoiler en filigrane son écho de la France d’aujourd’hui ». « Je t’écris de la France / Où l’on ne vit qu’à pas lents / Où l’on meurt en rue sombre / Où l’on erre… » Ces correspondances ont la valeur d’autant de coupures de presse : reportages intimes, tranches de vies, d’actualité aussi. Ainsi ce jour du 17 octobre 1961 où la police du préfet Papon exécute des dizaines d’Algériens, à Paris : « A la première écluse, j’ai vu le front de l’éclusier / A la deuxième écluse, mes longs cheveux se sont défaits / A la troisième écluse, dans la Seine je me suis noyée ». C’est un réfugié qui jette à la mer une lettre en bouteille à sa compagne noyée, ce sont des femmes ouvrières qui élèvent seules leur enfant. C’est un simple citoyen qui, à la manière de Vian, interpelle notre président : « Je t’accuse d’être sourd / Face à notre souffrance / De jouer l’indifférence / D’avoir honte de nous / De vouloir du pays / Une image de cols blancs / De vainqueurs, de belles dents / De gens qui fassent envie / Et d’avoir en projet / Que nous soyons absents / Des journaux, des écrans / Invisibles rejets ». Là, c’est réchauffement climatique, pluies acides, disparition des espèces…
Par quelques lettres éparses, GirO fait cinglant réquisitoire, rare à ce point dans la chanson.­­ Sachez qu’en préambule de chaque nouvelle scène, il lance un appel aux spectateurs de nouvelles missives, dont il chante certaines. Lettres après lettres, c’est implacable cahier de doléances d’un monde qui saigne et souffre : le nôtre.
Ici, à l’unisson des lettres et de leurs calligraphies, les instruments font élégante écriture ou inquiétante dramaturgie. Violoncelle et machines rivalisent de concert. Les sons sont ponctuations, autre typographie où les points sont des poings, où l’angoisse se note tant sur les noires que sur les blanches. Vous ai-je dit que ce disque-là est important ?

Michel Kemper - Nos enchanteurs - Avril 2018 / Les affranchies

"De beaux textes poétiques et souvent engagés, parfois enragés, une voix chaleureuse entre émotion et colère, et un écrin musical sobre et percutant. Des mots juste pour dépeindre un pays, une société, qui ne le sont pas toujours, pas vraiment...".

Pierre Morvan - Le peuple breton - Avril 2018 / Les affranchies

Pour son troisième album, Sylvain GirO ne nous propose pas la forme traditionnelle du couplet refrain, mais des lettres chantées. Avec les mots bien au centre, pour toucher direct, pour s’inventer ses propres images. Le Nantais - ex-Katé-Mé - prévient d’emblée, il s’agit de chansons sociales et sensibles, pour ne pas dire sombres voire désespérées. On s’y agrippe car elles ont une résonance toute aussi actuel qu’universelle : la détresse de migrants, la terre qui meurt, le pays trompé, le massacre oublié, le manque, l’oubli. Textes forts, brillamment mis en musique dans un mélange à la fois étrange et prenant de violon, violoncelle électro acoustique, machines et shruti-box. Allez bien jusqu’à la dernière correspondance pour le supplément d’humanité : "pour être là quand tout se brise / Pour la main toujours tendu / Pour la table toujours dressée / Pour l’hospitalité..."

Michel Troadec - Dimanche Ouest-France - 11 mars 2018 / Les affranchies

Un artiste comme il en existe peu aujourd’hui
Une vraie originalité, un ton et un artiste comme il en existe peu aujourd’hui. Sylvain GirO a choisi des accompagnements plutôt dénudées pour mettre en valeur son réalisme poétique et des textes puissants qui prennent le pouls de notre époque, parfois dure. Écrites sous forme de lettres, parfois déclamées de manière théâtrale, ses chansons parlent d’écologie, de racisme ou d’injustice. Intimiste ou engagé, avant-gardiste ou héritier d’une chanson française à texte plus traditionnelle, le chanteur fait passer son message avec beaucoup de force et de talent dans le choix des mots.

Eric Tandy - La vie - Mars 2018 / Les affranchies

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