Michel Troadec – Dimanche Ouest-France – 11 mars 2018
Pour son troisième album, Sylvain GirO ne nous propose pas la forme traditionnelle du couplet refrain, mais des lettres chantées. Avec les mots bien au centre, pour toucher direct, pour s’inventer ses propres images. Le Nantais – ex-Katé-Mé – prévient d’emblée, il s’agit de chansons sociales et sensibles, pour ne pas dire sombres voire désespérées. On s’y agrippe car elles ont une résonance toute aussi actuel qu’universelle : la détresse de migrants, la terre qui meurt, le pays trompé, le massacre oublié, le manque, l’oubli. Textes forts, brillamment mis en musique dans un mélange à la fois étrange et prenant de violon, violoncelle électro acoustique, machines et shruti-box. Allez bien jusqu’à la dernière correspondance pour le supplément d’humanité : « pour être là quand tout se brise / Pour la main toujours tendu / Pour la table toujours dressée / Pour l’hospitalité… »
Le Télégramme – 2 novembre 2016
Le voyage onirique de Sylvain GirO
Ils étaient plus de 150, samedi soir, au théâtre, sur les traces du lac d’Eugénie, entraînés par le chant profond de Sylvain GirO, sorte de joueur de flûte de Hamelin moderne errant nuitamment du côté du bocage nantais. Dense et habité, ce conte musical, à la lisière du fantastique, était programmé dans le cadre du festival de La Charrette aux Merveilles qui clôturait en beauté son édition 2016. Un voyage envoûtant. Après le spectacle, les spectateurs ont rejoint les musiciens dans le hall. « On est irrésistiblement entraînés dans un voyage onirique », a déclaré cette spectatrice de Poullaouen qui voyait le spectacle pour la troisième fois. « J’apprécie la fluidité. Il n’y a pas d’interruption entre les morceaux, cela me permet de m’évader et de vous suivre », a-t-elle ajouté. « J’ai été très sensible au côté rock progressif des années 70 de votre musique. C’est plein de couleurs. Vous savez manier nuances et énergie », a renchéri ce Plougonvenois en s’adressant aux trois musiciens, Julien Padovani à l’orgue et au piano Rhodes, Erwan Martinerie au violoncelle et Jean-Marie Nivaigne à la batterie. Une autre spectatrice a félicité Sylvain GirO pour sa présence formidable.
Présentation du spectacle par Jean-Yves Gourvès, directeur du Théâtre de Morlaix (29)
Subtile et percutante
« Avec une élégante mélancolie et une présence scénique presque chamanique, Sylvain GirO entremêle ses chansons avec des contes étranges, oniriques aux confins du merveilleux…
D’une voix claire, profonde et virtuose, Sylvain GirO nous captive avec ce spectacle co-écrit et mis en scène par Nicolas Bonneau (Ali 74, le combat du siècle). Il fait appel à notre imaginaire et notre sensibilité dans une quête initiatique aux limites du fantastique. On y croise un village fantôme, une forêt labyrinthique, un bal endiablé et un lac enneigé.
Il nous transporte avec des textes d’une violence évoquée et d’une rage assumée, accompagné de trois musiciens à la batterie, au violoncelle et au clavier pour donner un accent rock à cette création, subtile et percutante. »
Eliane Faucon-Dumont – Le Télégramme – 25 juillet 2016 / Compte-rendu du concert au Novomax de Quimper le 22 juillet 2016 dans le cadre du festival de Cornouaille
Sylvain GirO : l’enchanteur poète
Poète, chanteur, conteur, rêveur, voilà, vite résumé, l’art de Sylvain GirO. Tous ceux qui l’ont suivi, vendredi soir au Novomax, ont découvert une voix, une musique, un spectacle rare. Ce Lac d’Eugénie marquera bien des mémoires. Cela commence doucement par des sons à peine perceptibles. L’orgue Hammond (Julien Padovani) fait entendre sa petite mélodie, le violoncelle (Erwan Martinerie) le rejoint, la batterie discrète entre en scène. Puis Sylvain GirO emmène son auditoire au bal. Au sein de l’orchestre, il observe les danseurs qu’il décrit le temps d’une chanson. De sa voix bien timbrée, il raconte ces jeux de mains, ces amoureux et cette fille en blanc dont il s’éprend. Comme Cendrillon, elle disparaît dans la nuit tandis que le bal et la chanson s’achèvent. L’histoire un rien fantastique de Sylvain GirO ne fait que commencer. Voilà qu’à travers ses poétiques chansons, il nous entraîne dans un conte à la Tim Burton. Nous voici à bord de sa R5, roulant dans la nuit noire. Soudain, en pleine forêt, elle refuse d’avancer. Bientôt, le chanteur se retrouve au cœur de son enfance. Les chansons retracent les atmosphères du temps perdu, recréent des personnages fantasques ou romantiques, à l’image de ce Batteur de grève qui impressionnait l’enfant Sylvain.
Une note suffit pour nous projeter hors du temps, une chanson nous plonge dans un univers féerique, fantasmagorique. Pourtant, les textes et la voix de Sylvain GirO ne disent que des choses simples, que la musique sublime. Tout, dans ce Lac d’Eugénie est habilement fait : la musique qui permet au chanteur de passer facilement d’une chanson à une autre, les mélodies très élaborées qui explorent bien des rythmes et servent à merveille l’intrigue de l’histoire. Sylvain Giro et ses superbes musiciens n’oublient pas leurs origines bretonnes et, de temps à autre, un air à danser le rappelle. Et puis, au final, délaissant leurs instruments, les musiciens rejoignent le chanteur au milieu de la scène. Commence alors une danse de folie menée sans doute par un diable moqueur. On quitte à regret le Novomax, avec le secret espoir de retrouver l’an prochain, un autre spectacle aussi porteur de rêves.